Dans une tribune publiée dans e-marketing, Karine Mast, planneur stratégique au sein de l’agence de communication Oxygen, interroge un réflexe encore très ancré chez les marques : celui de la performance immédiate. À force de chercher l’impact, le pic d’attention ou la réaction rapide, n’ont-elles pas sacrifié leur capacité à durer ?

« Dans un monde saturé de messages, la transgression n’est plus un levier différenciant, mais un bruit parmi d’autres ». Une observation lucide, à l’heure où les campagnes se succèdent sans toujours laisser de trace durable.

Face à ce constat, Karine défend une autre approche : celle de la marque prospective, pensée non comme une machine à réagir, mais comme un système capable d’anticiper, d’absorber l’incertitude et de rester cohérent dans le temps long.

La fin du culte de la réaction immédiate

Pendant des années, la communication de marque et le branding ont valorisé la capacité à créer l’événement. Être plus visible, plus rapide, plus audacieux que les autres. Mais dans un environnement désormais saturé, cette logique montre ses limites.

« La recherche permanente du coup d’éclat finit par produire l’effet inverse : elle fragilise la lisibilité de la marque ». À force de multiplier les prises de parole opportunistes, certaines marques perdent leur fil conducteur.

Les publics, eux, ont changé. Plus informés, plus critiques, ils repèrent rapidement les incohérences entre discours et pratiques. La sur-réaction devient alors un risque réputationnel, plus qu’un levier de performance.

 

Robustesse plutôt que performance : un changement de paradigme

Au cœur de cette réflexion se trouve une idée forte, empruntée aux travaux du biologiste Olivier Hamant : « ce qui survit n’est pas ce qui performe le plus, mais ce qui est le plus robuste ».

Appliquée aux marques, cette notion invite à sortir d’une logique purement court-termiste. La robustesse ne consiste pas à être rigide, mais à savoir encaisser les chocs sans se dénaturer. À accepter l’incertitude sans se précipiter.

Dans sa tribune sur la marque prospective, Karine Mast insiste sur ce point : « anticiper, ce n’est pas prévoir l’avenir avec certitude, c’est se préparer à plusieurs futurs possibles ». Une posture stratégique qui change profondément la manière de concevoir la communication.

 

Qu’est-ce qu’une marque prospective, concrètement ?

La prospective n’est ni une tendance, ni un exercice intellectuel réservé à quelques experts. C’est une posture qui repose sur des fondamentaux très concrets.

 

Une vérité de marque comme point d’ancrage

« Une marque robuste commence par une vérité claire, incarnée et non négociable ». Autrement dit, une raison d’être qui dépasse le discours et s’exprime dans les choix structurels de l’entreprise.

Cette vérité sert de boussole. Elle permet d’arbitrer, de dire non à certaines opportunités, et de maintenir une cohérence malgré les évolutions du contexte.

 

L’attention aux signaux faibles

La marque prospective ne se contente pas de suivre les tendances une fois qu’elles sont visibles partout. Elle observe ce qui émerge à la marge : nouvelles attentes sociétales, tensions culturelles, transformations des usages.

« Ce sont souvent les signaux les moins spectaculaires qui annoncent les mutations les plus profondes ». Les ignorer, c’est prendre le risque de subir demain ce que l’on aurait pu préparer aujourd’hui.

 

Une cohérence globale, au-delà des campagnes

Produit, expérience client, communication interne, discours de marque : tout est lié. Karine Mast le formule clairement : « une campagne, aussi brillante soit-elle, ne peut pas compenser une incohérence systémique ».

La marque prospective pense son écosystème dans son ensemble. Elle sait que la confiance se construit dans la répétition de choix alignés, plus que dans un moment de visibilité isolé.

 

Des récits ancrés dans le réel

Enfin, la robustesse passe aussi par la manière de raconter. Plutôt que de chercher le spectaculaire, la marque prospective privilégie des récits sincères, incarnés, parfois plus discrets, mais plus crédibles.

« Des narrations plus intimes, plus humaines, capables de créer un lien durable plutôt qu’une réaction immédiate ». Une communication moins bruyante, mais plus juste.

 

Penser le temps long comme acte stratégique avec une marque prospective

« La véritable audace aujourd’hui n’est peut-être plus de choquer, mais de tenir »

Dans un monde instable, saturé et anxiogène, la marque prospective devient un repère. Elle ne cherche pas à être partout, tout le temps, mais à être juste, cohérente et lisible. Tenir une vision, tenir une promesse, tenir une cohérence dans le temps.

Cette tribune sur la marque prospective nous rappelle une chose essentielle : la performance à court terme ne suffit plus à construire des marques solides. Face à l’accélération permanente, anticiper devient un levier stratégique majeur.

Construire une marque prospective, c’est accepter de ralentir pour mieux structurer. C’est faire le choix de la robustesse plutôt que de la réaction. Et, surtout, c’est se donner les moyens de durer.

Chez Oxygen, c’est précisément l’ambition de notre pôle stratégique o3 : aider les marques à clarifier leur cap, lire les signaux faibles et construire des plateformes cohérentes, capables de tenir dans le temps long.

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